La Gamelle Trophy 2010
La Gamelle Trophy : le rendez-vous de fin de saison pour les vététistes réguliers de Gadoo Bike, toujours attendu avec un mélange d’excitation et d’appréhension…
Une « randonnée » (n’ayons pas peur des mots, on peut même dire une compétition) exceptionnelle d’un point de vue du parcours, avec une absence totale de bitume, des descentes parfois techniques et souvent très ludiques, et des montées assez terribles !
2010, un millésime un peu particulier avec une faible représentation du club due (hasard du calendrier…) à l’inauguration le même week-end de l’Espace Longuenée, nouveau point de départ de notre Gadoo Night.
Initialement inscrits à 3 (Stéphane L, Nico et moi-même), nous ne sommes finalement que 2 à partir à Sillé le Guillaume, Nico s’étant déchiré les ligaments de l’épaule. Je cite le convalescent : « erreur de trajectoire en VTT, ça se paye cash… ». Bon courage et bon rétablissement Nico, on se retrouve début 2011…
Personnellement, après une édition 2009 assez encourageante malgré un pépin mécanique et un redémarrage en dernière position, j’avais décidé de m’entraîner plus régulièrement en 2010, histoire de voir où je me situais sur une compétition comme la Gamelle.
L’objectif : une place entre 250 et 300, atteignable en gagnant 20 minutes sur mon temps de 2009. Objectif réaliste je pense, en grappillant sur le temps perdu dans les bouchons au départ, en évitant tout problème mécanique, en limitant au maximum le temps « perdu » au ravitos, et en pédalant plus vite !
Point le plus facile : les ralentissements du début de course. Il suffit de s’inscrire suffisamment tôt ! Dès l’ouverture des inscriptions en janvier, j’envoie mon beau petit chèque et je constate quelques jours après que je suis placé dans les premiers de la 2ème vague. Ca, c’est fait…
Point 2 : le matos. Je prends soin de mon vélo chéri et lui offre de belles plaquettes toutes neuves et un changement de gaine / câble de dérailleur avant. Je vérifie le serrage de toutes les vis et articulations, et peaufine la pression de mes chambres à air (plus gonflées) et suspensions (moins gonflées) pour éviter les pincements et disposer de suffisamment de confort.
Point suivant, les ravitos. Comme en général les arrêts ne me réussissent pas vraiment (j’ai du mal à retrouver le rythme) et que je roule toujours en autonomie d’un point de vue alimentation, je prévois donc de zapper les 3 ravitos.
Dernier point, et non des moindres, les jambes ! Depuis septembre 2009, j’enchaîne les séances d’entraînement au rythme de 1 à 3 par semaine. Route ou VTT, sorties longues ou courtes, foncier ou fractionné, découverte de nouveaux chemins pour le fun ou entraînement en terrain connu pour comparer les sensations, je varie au maximum pour tenter d’éviter la lassitude.
Le travail est rapidement payant, puisque je me sens à l’aise dès les premières randos en groupe. Entre le Roc Marathon, les sorties route de l’hiver, la rando des Loups, notre tour du Livradois-Forez, le Raid du Mont Rebel et la Vendée Verte, je bénéficie à plein de cet entraînement régulier, et cela me permet d’apprécier les randos sans galérer. C’est la première année que je me sens comme ça, et c’est le bonheur !
Seule ombre au tableau : après une année sans véritable coupure, et malgré la diversité des sorties, je ressens une profonde lassitude. Trop de vélo, trop souvent tout seul, je sature complètement et attend avec impatience la Gamelle Trophy pour « en finir » avec la saison… Signe qui ne trompe pas : les 3 dernières semaines, j’aligne difficilement 3 séances d’1h30 de vélo, en me faisant violence… alors que je redécouvre le badminton que j’avais arrêté 10 ans auparavant, et qui me procure énormément de plaisir !
C’est dans cet état d’esprit ambigu que je pars pour Sillé le Guillaume : serein sur mon entraînement, mais fatigué physiquement en mentalement par une année de vélo trop remplie.
Heureusement, la légendaire bonne humeur de notre Stéphane national est communicative, et l’aller pour Sillé est effectué dans la gaîté (initialement, les rimes en « é » ne sont pas faites exprès…).
De son côté, Stéphane vient rouler pour le plaisir : départ à son rythme, arrêts normaux aux ravitos, objectif « profiter du parcours » !
Avec 1h20 de trajet de porte à porte et en respectant (presque) les limitations de vitesse - record validé par huissier de justice - le parcours proposé par le GPS de Stéphane est définitivement le plus court que l’on n’ait jamais emprunté pour se rendre à la Gamelle !
On arrive suffisamment en avance pour prendre notre temps : petite réparation du disque de frein de Stéphane, aller-retour tranquille pour aller chercher les plaques de cadre, pique-nique chips / sandwich, et habillage pépère.
Histoire de se mettre en condition, on va s’échauffer en repérant les premiers kilomètres du parcours : c’est tout plat, voir même descendant… Je sais d’expérience que le départ sera très rapide ! Et qu’il vaut mieux rester bien au milieu du chemin, histoire d’éviter les crevaisons et les chutes qui ne manqueront pas d’arriver !
Le temps d’aller reporter bidon et veste à la voiture, et il est pratiquement l’heure. Encore quelques accélérations pour habituer le cœur aux efforts qui vont suivre, et nous rejoignons la ligne de départ.
Un dernier encouragement, et nous rejoignons nos places respectives : en milieu de peloton pour Stéphane, et en 3ème ligne pour moi. L’organisation est super bien rodée, car l’attente est de courte durée : c’est parti !
Nous n’avons pas atteint le bout de la ligne droite qu’une bonne cinquantaine de furieux me sont passés devant… Pas d’affolage, je sais que je ne suis pas un pro du démarrage !
Les premiers kilomètres se passent comme prévu : tout le monde me double, parfois en roulant régulièrement, parfois en accélérant en danseuse. Je me dis qu’ils le payeront probablement avant la fin… mais je doute un peu, à voir leur facilité ! Les chemins empruntés favorisent les dépassements, et les bouchons sont quasi-inexistants. C’est parfait pour fluidifier le trafic.
Je tente de choper un rythme dans les premières côtes. Je monte au train, en conservant grosso-modo ma place. La boucle initiale de 15km est assez roulante, et cela se ressent : plus de 19km/h de moyenne, avec des sensations correctes.
Les kilomètres passent : au 20ème, je me sens enfin « chaud ». Je commence à remonter régulièrement les vététistes qui me précédent, dans les passages techniques et sur les changements de rythme où je donnes une petite accélération pour doubler.
Bizarre… Au 25ème km, je ressens des brûlures au niveau des cuisses et des mollets quand je pousse un peu plus fort… C’est marrant, on dirait des crampes ! Je me mets en danseuse, pour voir. Le constat est sans appel : c’est des p…n de crampes ! Je tombe de haut… Moi qui n’en souffre jamais !
Je ne m’affole pas, je sais que le premier ravito est au 29ème km. Au pire, je m’arrêterais pour m’étirer, ça devrait passer. Manque de bol, d’ici là ça ne fait que monter ! Un à un, je vois tous les vététistes que j’ai doublé me repasser tranquillement… Ils n’ont pas l’air d’accélérer, c’est incontestablement moi qui ai ralenti…
Le ravito arrive enfin : je décide de boire un demi verre d’eau, et de repartir. Les crampes sont toujours là, mais on verra bien la suite… Je me force à boire et à manger, et je tente de rouler au même rythme que les vététistes qui me précédent.
Manque de bol (2ème), dans une montée à l’adhérence précaire le gentil compétiteur devant moi a la bonne idée de poser pied à terre, bloquant sans gêne les suivants… Obligé de pousser mon vélo, je parcours 15 mètres à la recherche d’un endroit un peu plus plat pour repartir. Je remonte sur le vélo, et… je suis cloué sur place par une crampe au mollet. Aaaaaaaaaah, je n’ai jamais ressenti ça ! Impossible de continuer…
Je prends quelques minutes pour m’étirer. J’ai l’impression que la planète entière me double, mais j’ai vraiment pas le choix… Je repars tant que bien que mal, je ne sais absolument pas comment je vais finir. Je bois, je bois, et je bois encore. J’avale deux pâtes de fruits, sans vraiment espérer : je connaît l’effet d’une fringale, ça ne fait pas ça…
Les kilomètres qui suivent sont une descente aux enfers (et pourtant, ça monte ! Ok, elle est nulle…). Mes crampes reviennent à vitesse grand V, et je constate que mon étude du profil du parcours est exact : la partie la plus dure est bien entre le 1er et le 2ème ravito. Certaines montées sont vraiment cassantes et techniques. Comme personne ne pousse derrière, j’en profite pour franchir les portions les plus délicates à pieds, histoire de faire travailler d’autres muscles.
Je roule maintenant en mode automatique… Je dois gérer en permanence mes efforts et ma souffrance, en tentant de perdre un minimum de temps dans les parties physiques. Je suis à 100% concentré sur le parcours, je me focalise sur mon objectif principal : finir, et le plus vite possible !
Gros point positif : je me sens parfaitement à l’aise techniquement. J’arrive à rester sur le vélo dans tous les passages délicats, et j’avale les descentes plus faciles de façon fluide et rapide, si bien que je récupère très souvent le terrain perdu en montée. Pour le coup, le choix de baisser la pression de mes suspensions s’avère judicieux… Et les entraînements sur les descentes « spéciales DH » des hauteurs du Lac de Maine sont manifestement payants…
2ème ravito. Ca veut dire que j’ai fait 42km… Il m’en reste 19 ! Comment je vais faire… Tous ces efforts depuis un an, toutes ces séances d’entraînement à me bouffer du bitume pour en arriver là !
J’ai la rage, et ça me pousse à continuer.
Les kilomètres passent, lentement. Je suis dans ma bulle, je roule pour moi. Parfois je double, parfois je suis doublé. Impossible de forcer le rythme : à la moindre accélération, c’est la crampe… Sur le haut de la cuisse, sur le côté, sur le mollet. J’ai l’impression de découvrir des nouveaux muscles ! Je ne comprends vraiment pas ce qui m’arrive, mais je suis bien obligé de l’accepter…
Je me donne des petits objectifs, tenir une roue, doubler un gars qui me semble plus lent (parfois c’est juste une impression !), reprendre du terrain dans une descente…
Je passe enfin le dernier ravito : je sais que le plus dur est fait, il me reste 7 km à tenir. Je peux maintenant tout donner, je sais que ce sont mes derniers kilomètres de souffrance de l’année 2010 ! Un seul but : reprendre un maximum de monde. Je gère la douleur dans les montées, je descend à tombeau ouvert, je relance juste ce qu’il faut sur le plat.
J’arrive à passer du monde, mais je suis surpris de constater que tous les compétiteurs ont exactement la même idée que moi ! Personne ne se laisse doubler facilement, je dois parfois prendre une trajectoire vraiment différente pour « forcer » gentiment le passage.
Je pousse encore et encore. Je ne lâche rien, je grappille la moindre seconde, je ne tiens plus qu’au mental. Je repense aux objectifs (et aux espérances !) que j’avais avant de venir ici… La frustration d’être dans cet état, la douleur permanente depuis quasiment 2h30 et la fatigue accumulée finissent de m’achever : voilà que je pleure sur mon vélo… Ca aussi, c’est la première fois que ça m’arrive…
Une dernière descente technique me permet de lâcher mes poursuivants. Puis vient un sentier sinueux, gorgé de racines, ou je sais que mon tout-suspendu me permet de gratter du temps sur ceux qui me précèdent. Bingo, je vois un groupe d’une dizaine à 100m devant moi.
Je les reprends au pied de la dernière « vraie » côte. Un large groupe de spectateurs encourage vivement tous les participants, je passe en dernier et je sens quasiment dans leur voix la pitié lorsqu’ils aperçoivent sur mon visage ma grimace de souffrance et les larmes qui coulent…
Mais je ne les regarde même pas : mon dernier objectif est juste devant ! 100m de plat, je pousse pour doubler. 1, 2 puis 3 places de gagnées. Je suis derrière un tandem. Je la joue au bluff : « A DROITE ! », alors qu’il n’y a pas la place ! Ils me laissent passer, je leur lance « Merci les gars ! » et m’aperçoit après que c’est un tandem mixte… Bravo…
Impossible de doubler dans les dernières bosses, mais je sprinte sur l’aire d’arrivée pour passer un ultime VTT, histoire de ne rien regretter…
J’ai terminé, enfin.
Je trouve une barrière sur laquelle m’appuyer. Je m’étire, longuement. Un gars me voit la tête basse, s’approche : « C’était dur ? J’ai fais la rando ce matin, j’ai surtout galéré dans la montée du côté de patati patata… ». J’écoute à peine… Désolé, je récupère !
Je tente de comprendre le pourquoi de ces crampes :
Pas assez bu ? C’est possible… mais de les avoir si tôt dans la course, c’est louche !
Le stress ? Mes objectifs étaient clairs, mais franchement je ne mettais pas plus de pression que cela…
La fatigue ? Probable… mais est-ce suffisant…
Et basta, je laisse toutes ces questions de côté, ça ne changera rien au schmilblick !
A peine le temps de boire un coca et de manger un morceau que je vois Stéphane arriver. Ma première pensée est : « Déjà ! Et en plus, il a l’air frais, le s…d. J’ai roulé si lentement ??? ». Confirmation après quelques questions : si Stéphane s’est pris au jeu, il n’a pas roulé avec l’objectif de terminer au plus vite et s’est arrêté normalement aux ravitos. Raaaaaaaah, tout ce qu’il faut pour me faire rager !
Au final, je termine en 3h57, à la 307ème position sur 892 au départ (et 666 classés). Le classement s’est fortement resserré par rapport à l’année dernière : je suis à 7 minuscules minutes d’une hypothétique 250ème place, mais aussi à 15 petites minutes de la 403ème place de mon ami Stéphane… Au moins, je sais pourquoi j’ai tout donné !
C’est bien ton baratin Benoît, mais c’est pas le tout, ça commence à être long…
C’EST QUOI TA CONCLUSION ???
Clairement, mes sentiments sont partagés. Pour finir sur une note optimiste, je vais donc commencer par le négatif :
Ceux qui me connaissent savent que je suis très déçu du déroulement de cette Gamelle Trophy 2010, carrément vexé par mon état physique, et complètement écoeuré par le rapport « temps passé à s’entraîner / résultat obtenu ».
Franchement, je ne veux plus entendre parler de compétition avant un bon bout de temps, et côté vélo je vais m’offrir une vraie coupure ! C’est ça le problème des objectifs : quand on ne les tient pas, la pilule est dure à avaler…
D’un autre côté, c’est sûr, je suis heureux d’avoir réussi à finir dans des conditions aussi difficiles… J’ai l’impression de ne rien avoir lâché, et d’avoir tenu au mental pendant les deux tiers du parcours. Je suis heureux d’avoir réussi à tout donner pour obtenir le meilleur temps possible, là-dessus je ne regrette rien !
Et au final, faut bien relativiser, tout de même. Ca ne reste que du vélo amateur… Y’a peut-être même une morale à toute cette histoire :
Mieux vaut rester humble et ne pas viser trop haut quand on est un compétiteur du dimanche !
Tiens, ça ressemble à la conclusion de l’année dernière, non ??? J’aurais peut-être du relire mon compte-rendu avant d’attaquer l’entraînement
Par Benoit, le 28/09/2010
2 commentaires
Francois, le 8 octobre, 2010 à 15 h 37 min
Bonjour, les Gadoo bikes
Pour ma part pour avoir fait la rando du matin, je n’ai jamais fini aussi frais. Nickel. De toute façon sur ce genre de parcours, le maitre mot est “gerer l’effort”. L’année prochaine je m’orienterai certainement comme vous sur la course.
Pour en revenir, à la mauvaise forme de ce crosser, l’etat psychologique du à une “overdose de velo” pendant l’année, plus une coupure de 3 semaines avant un rendez vous comme celui-ci, n’est pas vraiment les meilleures conditions. Mais bon personnellement je ne pense pas que je gagne une compétition un jour, alors mon letmotiv est prendre du plaisir sur mon vtt et le sortir quand j’en ai envie!
Francois vttiste de cantenay!
ps: je serai certainement à la rando des vendanges HIC!

















Stéphane, le 30 septembre, 2010 à 19 h 15 min
Génial, Benoit ! On s’y croirait …
Et pour cause : J’Y ETAIS !!!
Bon d’accord, un peu derrière …